L'IA va-t-elle remplacer les thérapeutes ? Je ne le crois pas. Et pourtant, elle a déjà changé ma façon de travailler. Quand je supervise des praticiens en visio, j'enregistre la séance avec leur accord. L'IA m'aide à en tirer un résumé. Je relis tout, je corrige et j'ajoute ce qu'elle a oublié, puis j'envoie le résumé et la vidéo à mes supervisés. Ce qu'elle oublie en dit long sur ce qu'elle ne sait pas faire.Dans cet article, je te donne mon avis de praticien. Tu verras ce que l'IA ne fera pas à ta place, ce que tu peux lui confier, et de quoi regarder tes tarifs en face.
L’IA va-t-elle remplacer les thérapeutes ? Ma réponse de praticien
Je comprends la peur. Tu as quitté un job, investi dans des formations, tu commences à peine à remplir ton agenda. Et voilà qu’un outil gratuit répond à trois heures du matin sans jamais soupirer. Il y a de quoi avoir une petite boule au ventre.
Sache que la recherche ne dit pas que l’IA est nulle. Le premier essai randomisé d’un chatbot génératif conçu pour la santé mentale, Therabot, a été mené à Dartmouth et publié en 2025. Chez les participants, les symptômes dépressifs ont baissé de 51 % en huit semaines (MIT Technology Review). Sauf que pendant l’essai, des cliniciens relisaient chaque message du bot. Même dans cette étude de référence, il y avait un humain derrière l’écran.
Du coup, à la question « l’IA va-t-elle remplacer les thérapeutes ? », voilà ma réponse. L’IA ne me remplacera pas, parce que le cœur d’une séance, c’est une relation entre deux personnes. J’en parlais dans mon article sur l’alliance thérapeutique. Par contre, elle va pouvoir m’aider énormément, à plein de niveaux. Les deux sont vrais en même temps.
Pourquoi les jeunes se confient déjà à une IA
Et les premiers concernés ont déjà tranché, à leur manière. En janvier 2026, Ipsos a interrogé 3 800 jeunes de 11 à 25 ans en France, en Allemagne, en Suède et en Irlande, pour le groupe VYV et la CNIL. Près d’un jeune sur deux dit utiliser l’IA pour parler de sujets personnels ou intimes, et la première raison citée est sa disponibilité permanente (Ipsos). Aux États-Unis, une étude parue dans JAMA Network Open en novembre 2025 montre qu’un jeune de 12 à 21 ans sur huit demande des conseils de santé mentale à un chatbot. Les chercheurs évoquent le faible coût et l’immédiateté.
Mon avis, c’est que la nouvelle génération va plus facilement vers l’IA que vers un thérapeute, pour deux raisons. Les moyens, d’abord, parce qu’une séance a un coût et que ChatGPT est gratuit. Et l’immédiateté, parce qu’on vit dans une société de l’immédiat. Tu as un coup de blues à 23 h, tu écris, on te répond dans la seconde. Personne ne te propose un rendez-vous dans dix jours.
Je ne vais pas faire la morale à ces jeunes. Ce besoin d’être écouté tout de suite, sans jugement, est légitime. L’American Psychological Association a quand même publié en novembre 2025 un avis très net, qui demande de ne pas utiliser les chatbots comme substitut à l’accompagnement d’un professionnel qualifié (EurekAlert). L’IA peut être une première porte. Derrière, il faut quelqu’un.
Ce qu’une IA ne fera pas à ta place en séance
Voir ce que ton client ne dit pas
En PNL, on appelle ça la calibration. C’est l’art de repérer les micro-changements chez l’autre, comme la respiration qui se bloque, la peau qui rougit ou le regard qui file vers le sol juste avant un « ça va ». C’est tout bête, et c’est souvent là que la séance bascule. Un chatbot lit des mots. Il ne voit pas les épaules qui s’affaissent quand ton client prononce le prénom de sa mère.
Je fais du théâtre depuis 1975. Sur scène comme en séance, le texte n’est qu’une partie de ce qui se passe. Il y a le silence, le souffle, la présence dans la pièce. Un modèle de langage ne capte rien de tout ça.
Créer l’alliance avec ton client
Entre 14 et 18 ans, j’étais jeune entraîneur dans mon club d’athlétisme. Ensuite, je suis devenu éducateur sportif, puis formateur d’éducateurs sportifs à Marseille à partir de 2000. Au bord d’une piste, j’ai compris qu’installer la confiance motive l’athlète à aller plus loin, à se dépasser.
En séance, c’est pareil. L’alliance se construit dans la durée, avec quelqu’un qui est là, qui se souvient de toi et qui s’engage. Les chercheurs de Stanford le notent d’ailleurs, une relation d’aide suppose un engagement réel que l’IA n’a pas.
Un chatbot peut être très aimable. Il ne s’engage à rien.
Oser contrarier ton client
En 2025, des chercheurs de Stanford ont mis plusieurs IA en situation d’accompagnement. Elles ont exprimé des préjugés envers certains troubles et, par complaisance, sont allées dans le sens de pensées délirantes au lieu de les questionner (Moore et al., 2025). Leur conclusion est claire, ces outils ne doivent pas remplacer les professionnels.
Bon, je me moque, mais une IA ressemble un peu au copain qui te dit toujours que ton ex avait tort. Agréable cinq minutes. En séance, ton job consiste parfois à recadrer, c’est-à-dire proposer un autre regard sur la même situation, ou à poser la question qui dérange.
Porter la responsabilité
Quand tu reçois quelqu’un, tu engages ta responsabilité et ta déontologie. L’IA ne signe rien. L’Illinois en a même fait une loi en août 2025. L’IA n’y a plus le droit de délivrer un accompagnement psychologique ni de prendre des décisions thérapeutiques, mais elle reste autorisée pour l’administratif et l’aide aux professionnels (IDFPR). C’est presque mot pour mot ma position.
À retenir. Ce que ton client paie, c’est ta présence, ton regard et ta responsabilité. L’information, il la trouve gratuitement ailleurs.
Comment j’utilise l’IA dans ma pratique de thérapeute
Un appui pour la supervision
Mes supervisions se font en visio. J’enregistre avec l’accord de mes supervisés et l’IA m’aide à produire le résumé de la séance. Je vérifie ce qui est dit et ce qui est résumé, puis j’ajoute ce qui me semble nécessaire et que l’IA a oublié. Mes supervisés reçoivent systématiquement le résumé et l’enregistrement, ce qui leur permet de revoir la visio à tête reposée.
Pour mes clients hors supervision, je propose de leur envoyer un résumé de nos séances. Toutes les séances sont anonymisées. Ce que je rajoute tient souvent à ce qui s’est joué entre les mots, et que la transcription ne contient pas.
Une aide rapide pour prendre du recul
Entre deux rendez-vous, je peux soumettre une situation anonymisée et demander des hypothèses de travail. Quelles pistes explorer ? Quel outil essayer ? Qu’est-ce que je n’ai pas vu ? L’IA ne décide rien. Elle me fait l’effet d’un collègue qui réfléchit à voix haute, et c’est moi qui trie.
Des scripts d’hypnose sur mesure
Écrire un script d’hypnose prend du temps. Face à une problématique que rencontrent mes clients, je demande à l’IA de me faire les points clés et de me proposer des idées. Parfois j’en propose, parfois c’est elle qui m’en propose. L’idée, c’est de mélanger les deux. À partir de cette ossature, je crée le script que je vais suivre, avec mes mots. Un script générique, ton client le sent tout de suite.
Et puis il y a tout ce qui mange du temps sans demander de présence, comme préparer un support, reformuler une consigne ou trier l’administratif.
Mes garde-fous pour utiliser l’IA sans perdre mon éthique
Tout ça repose sur des règles que je ne négocie pas. J’anonymise toujours, parce que les informations sur la santé et le vécu psychologique font partie des données sensibles protégées par le RGPD. Je demande l’accord avant d’enregistrer, et mes supervisés savent pourquoi je le fais.
Je relis tout. Une IA peut inventer une information avec un aplomb remarquable, un peu comme un stagiaire qui n’ose pas dire « je ne sais pas ». Et je garde le dernier mot, parce que l’IA propose et que c’est moi qui décide.
Dernier garde-fou, garder des humains autour de toi. Une IA disponible à toute heure peut donner l’illusion d’être moins seul, alors qu’elle ne remplace ni un superviseur ni un groupe de pairs. J’en parle dans l’article sur l’isolement du thérapeute.
Exercice : fais le tri entre ce que tu délègues et ce que tu gardes
Allez, on y va. Prends une feuille et quinze minutes.
- Liste tout ce que tu as fait dans ta dernière semaine de praticien : séances, préparation, mails, posts, compta, lectures.
- Trace trois colonnes, « l’IA peut le faire », « l’IA m’aide et je vérifie », « je garde ».
- Range chaque tâche. Si tu hésites, demande-toi si la tâche t’oblige à voir, entendre ou ressentir la personne en face. Si c’est le cas, elle va dans « je garde ».
- Reprends la colonne « je garde ». Pour chaque ligne, écris une phrase qui commence par « Mon client paie pour… ».
- Relis ces phrases juste avant d’annoncer ton prochain tarif.
Ces phrases sont tes arguments le jour où un proche te lance « mais l’IA va-t-elle remplacer les thérapeutes, du coup ? ». Elles reposent sur ce qu’aucun outil ne fera à ta place, et tu peux les dire sans rougir.
Alors, l’IA va-t-elle remplacer les thérapeutes ? Ce que je retiens
L’IA ne remplacera pas les thérapeutes, parce que ce qui se joue en séance passe par la présence, l’observation fine et une relation où deux personnes s’engagent. Elle peut en revanche t’aider beaucoup, en supervision, pour prendre du recul ou pour écrire un script d’hypnose, à condition d’anonymiser, de vérifier et de garder le dernier mot. Et si les jeunes se confient déjà à elle, c’est d’abord le signe d’un besoin d’écoute immédiate, auquel tu as ta place pour répondre.
Ce que l’IA ne sait pas faire, ça s’apprend. Calibrer, te synchroniser avec l’autre, créer le rapport et mener une séance de A à Z, c’est le cœur de la formation Technicien PNL, en e-learning avec quatre jours de présentiel à Marseille. La prochaine session en présentiel a lieu du 19 au 22 novembre 2026 (2 190 € avec le présentiel, 1 590 € pour l’e-learning seul, prise en charge OPCO possible). Si ça te parle, jette un œil au programme.
Questions fréquentes
ChatGPT peut-il remplacer un psy ?
ChatGPT peut offrir une écoute ponctuelle et des pistes générales, mais il ne voit pas la personne et ne porte aucune responsabilité. Une étude de Stanford publiée en 2025 montre aussi que les IA peuvent aller dans le sens d’idées problématiques par complaisance. L’American Psychological Association recommande de ne pas l’utiliser comme substitut à un professionnel qualifié.
L’IA peut-elle faire du coaching ?
Elle peut poser des questions, reformuler un objectif ou proposer un plan d’action. Il lui manque l’observation des réactions du client, l’ajustement en direct et la relation. Elle est utile entre les séances, en complément du coach.
Ai-je le droit de mettre les informations de mes clients dans ChatGPT ?
Les informations sur la santé et le vécu psychologique sont des données sensibles au sens du RGPD. Anonymise tout ce qui permettrait de reconnaître la personne, et demande l’accord de ton client avant d’enregistrer une séance. En cas de doute, les recommandations de la CNIL font référence.
L’IA peut-elle écrire un script d’hypnose ?
Elle peut faire les points clés d’une problématique et proposer des idées. Un bon script d’hypnose s’appuie sur les mots, les images et le rythme du praticien et de la personne, il faut donc l’écrire soi-même. De mon côté, je mélange ses idées et les miennes pour construire une ossature, puis j’écris le script avec mes mots.
Pourquoi les jeunes se confient-ils à une IA plutôt qu’à un thérapeute ?
Les enquêtes citent surtout la disponibilité permanente, le faible coût et le sentiment d’être écouté sans jugement. Selon une enquête Ipsos de 2026 pour le groupe VYV et la CNIL, près d’un jeune sur deux se confie déjà à une IA sur des sujets personnels.




